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Fact-checking : Notre kit de survie contre l’« infodémie »

20 avril 2020

Fact-checking : Notre kit de survie contre l’« infodémie »

Le contexte d’incertitudes face à la pandémie mondiale du COVID-19 offre un terreau fertile pour la prolifération des fausses informations. Info ou intox ? Comment distinguer le vrai du faux ? On entend souvent parler du « fact-checking ». De quoi s’agit-il donc au juste ? Eléments de réponse dans cet article.

 

Une réponse à la crise de désinformation

Plusieurs publications sur les réseaux sociaux qui évoquent des sujets sensibles, comme la pandémie du coronavirus, s’accompagnent d’informations douteuses. Entre prétendus remèdes miracles et faux traitements en passant par des accusations à tort voire théories du complot, le travail de fact checking devient une pratique indispensable pour démêler les fausses idées des vraies.

Littéralement, l’expression anglaise « fact-checking » correspond à l’action de vérification des faits. A l’origine, le rôle des fact-checkers dans les organes de presse consistait à vérifier, en interne et de manière systématique, l’exactitude de toutes les informations énoncées dans les contenus journalistiques avant leur publication.

Plus qu’un phénomène de mode, le processus de vérification des informations s’est d’abord focalisé sur les propos tenus par des personnalités politiques. Avec l’essor des réseaux sociaux, l’exercice de cette pratique « moderne »  s’est largement popularisé et a été élargi à l’ensemble des informations diffusées dans l’espace public. Aujourd’hui, à l’instar des professionnels des médias, les acteurs de la société civile prennent également en charge la délicate mission de fact-checking.

 

5 astuces pour ne pas se faire contaminer

En Tunisie, c’est notamment sur les réseaux sociaux que les infox[1] ou « fake news » circulent rapidement, perturbant ainsi la réponse à la pandémie du coronavirus. Ces fausses nouvelles peuvent prendre plusieurs formes (images manipulées, vidéos truquées, rapports tronqués, captures d’écran etc.).

Voici les 5 premiers réflexes à adopter pour ne pas se faire infecter par les infox :

  • Qui diffuse cette information ? Pour s’assurer de la fiabilité d’un message, commencez par identifier l’auteur (son nom est placé souvent au début ou à la fin du texte) et vérifiez s’il s’agit d’un expert ou non sur le sujet en consultant sa biographie ou ses anciennes publications.
  • Quel est l’objectif de l’auteur ? Il est judicieux de savoir si l’auteur de l’actualité écrit pour relater des faits à ses lecteurs ou pour exprimer son opinion personnelle sur le sujet. En fonction de l’objectif de l’auteur, le message n’a pas la même crédibilité.
  • Quelle est nature du site / de la page ? Vérifiez s’il s’agit d’un site sérieux ou d’un site parodique. Certains publient des articles parodiques comme LerPesse qui, dans la rubrique « à propos », souligne bien qu’ « une équipe de faux journalistes d’investigation et de charlatans de terrain vous offre courageusement un travail minutieux et rigoureux ». Il arrive que des articles parodiques soient repris et partagés sur les réseaux sociaux.
  • Quelle est la source de l’information ? Méfiez-vous des informations publiées sur les sites personnels, les blogs, les forums et les réseaux sociaux qui sont très centrés sur la publication d’opinions. Privilégiez plutôt les sources reconnues et officielles (ministères, revues scientifiques, universités, ONG etc.) tels que le site du gouvernement ou encore celui de l’Organisation mondiale de la santé.
  • Comment est présentée l’information ? Observez les détails. Si le message mentionne des noms propres, des dates, des lieux et des sources, faites une recherche à partir de ces éléments en les copiant dans un moteur de recherche d’actualité (Google Actualités, Bing Actualités, etc.). Consultez d’autres articles sur le même sujet et comparez les résultats. S’il y a une ou plusieurs fautes d’orthographe dans un texte qui se prétend officiel, il y a également de quoi douter.

 

Boite à outils pour réaliser votre propre fact-check

Il existe un tas d’outils qui peuvent être utilisés pour vérifier l’authenticité, d’une histoire, d’une photo ou d’une vidéo.

En matière d’images, les infox reposent souvent sur un vieil contenu visuel manipulé à l’aide d’un logiciel de retouche comme Photoshop (par l’ajout ou la suppression d’un élément) ou sur un contenu visuel authentique sorti de son contexte en modifiant la description, la date ou encore l’endroit. Pour cela, il faut retrouver l’origine d’une photo en passant par une « recherche inversée ». Cette méthode de comparaison consiste à vérifier, dans un moteur de recherche d’images, si une version antérieure du même visuel a été publiée ailleurs.

Voici quelques pistes non-exhaustives (mais très utiles) avec leurs avantages respectifs :

  • Google Images : Facile à utiliser, cet outil fournit une énorme base de données. Il suffit de cliquer sur la petite icône en forme d’appareil photo dans la barre de recherche.
  • Bing Images : C’est un autre moteur de recherche qui fonctionne sur le même principe que Google mais qui offre la possibilité de rogner l’image en direct.
  • TinEye Reverse Image Search : Pionnier du secteur, cet outil propose un menu qui permet de trier les résultats en fonction de leur date de parution sur le web. Il présente également l’avantage de pouvoir repérer si une version modifiée de l’image existe ailleurs.
  • Yandex Images : C’est la même démarche avec ce moteur de recherche russe qui est particulièrement efficace en matière de recherche inversée.

 

Comme pour les photos, sur la base d’une vidéo détournée ou mise hors contexte, on peut créer des articles faux. Pour ce qui est des vidéos, il existe plusieurs outils qui permettent de nous aider dans le travail de vérification. Il convient de citer :

  • Youtube DataViewer : Avec cet outil de recherche inversée développé par Amnesty International, le principe est simple. Il suffit de copier l’URL d’une vidéo pour savoir si cette même vidéo a déjà été postée auparavant sur Youtube. Toutefois, l’outil est assez limité. Il fonctionne exclusivement avec les vidéos uploadées sur Youtube et qui n’ont pas été éditées.
  • InVID-WeVerify : Cet outil un peu technique a été créé à la base pour aider les journalistes à détecter la véracité des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’une extension puissante qui donne la possibilité de fragmenter une vidéo en petites d’image (keyframes) pour pouvoir éventuellement lancer des recherches inversées. Le plug-in fonctionne sur Chrome et Firefox et permet d’analyser les vidéos issues de Youtube, Facebook, Twitter, Instagram, DailyMotion, Vimeo, Dropbox et LiveLeak.

 

Il est à noter que de nouveaux outils de recherche et de vérification sont lancés et expérimentés constamment.

Enfin, il n’y a pas de recette miracle anti-infox. Le travail de fact-checking repose sur des outils, de bons réflexes, mais c’est aussi beaucoup de bidouillage. Il est donc très important de prendre du recul et d’avoir un esprit critique face aux histoires qui nous interpellent sur internet, notamment en période de crise.

 

Retrouvez les conseils anti-coronavirus dans cet article.

 

[1] Traduction du terme « fake news » publiée par la Commission d’enrichissement de la langue française (CELF), au Journal officiel de la République française, en octobre 2018.





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