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Lutter contre les injustices environnementales en Tunisie

Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux- Kairouan 28939Lutter contre les injustices environnementales en Tunisie
Publié le 06-10-2017. Ajoutée le 6 novembre 2018


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Il est difficile de donner une définition générique des mouvements « environnementaux » tant ces mouvements en Tunisie recouvrent des réalités différentes. Ils recouvrent des luttes et initiatives très diverses qui pourraient s’inscrire dans de multiples catégories : « écologiques » ou « pour une justice environnementale et/ou climatique », « contre l’extractivisme et/ou le productivisme », voire aussi « contre le capitalisme et/ou le néo-colonialisme »1.

Néanmoins, il est rare que ces mouvements locaux en Tunisie formulent leur lutte en ces termes. Ces mouvements semblent davantage faire écho aux aspirations de la révolution tunisienne il y a maintenant six ans : « la dignité, le pain et la justice sociale ». La démocratie aussi. Ces mouvements sociaux dénoncent ainsi de manière générale des injustices socio-économiques relatives à l’exposition disproportionnée et non égale de certaines populations aux dégradations, privations ou risques environnementaux. En d’autres termes, sont défendues des nécessités écologiques, dans la mesure où elles constituent des conditions indispensables pour vivre dignement, et pour accéder à des moyens de subsistance. Dans ce sens, les problématiques environnementales qui animent ces mouvements, mettent en péril des droits fondamentaux et sont directement reliées aux inégalités sociales et économiques.

Ces analyses s’appuient principalement sur des entretiens avec des acteurs des mouvements et des visites de terrain réalisés en 2016 et 2017 à Kasserine, Siliana, Ksibet Mediouni, Redeyef (Sections locales du FTDES), Metlaoui, Sfax, Kerkennah, Gabès, et Kalaa Sghira. Elle emprunte aussi les données de l’Observatoire Social Tunisien (OST) du FTDES de l’année 2015 et du premier semestre 2016, ayant répertorié les mouvements « environnement » selon « la localité, les raisons du mouvement, la date du début du mouvement, le lieu de l’action, les groupes impliqués, les modes d’actions employés, les principales revendications, les cibles, des observations et aboutissements ». Des revues de presses sur « l’environnement » réalisées par le FTDES pour l’année 2015 et 2016 ont aussi été des sources d’informations utiles.

Des présentations ont nourri et inspiré ces analyses pour leur approche transversale des mouvements relatifs à l’environnement en Tunisie : celle de Mounir Hassine lors d’une visite à de la section locale du FTDES à Ksibet Mediouni le 17 octobre 2016, mais également celles des intervenants du 27 et 28 mai 2016 au Forum Maghrébin pour une justice sociale et climatique2. Enfin, d’autres lectures ont pu aussi alimenter cette réflexion, telle que « L’écologisme des pauvres » de Joan Martinez Alier, et aussi de nombreuses de discussions informelles au fil des rencontres. Cette introduction vise dans un premier temps à mettre en perspective des mouvements nombreux et divers qui existent en Tunisie afin d’identifier les principaux enjeux stratégiques et organisationnels de ces luttes. Cette première analyse suit ainsi le canevas « Luttes, Militants, Dynamiques, Réponses des pouvoirs » de l’article de Luiza Toscane « Révolutions arabes et Environnement : « Le peuple veut l’eau au robinet »3 (2015). Dans un deuxième temps, ce panorama sera complété par sept articles ayant vocation à documenter de manière plus approfondie des formes d’actions collectives sur l’environnement et des problématiques de justice environnementale qui existent sur les territoires de Kasserine, Sfax, Sousse et Gabès, Gafsa et Monastir.

En conclusion, la portée de ces mouvements vis-à-vis du contexte national, régional et international, sera interrogée tant sur le plan des politiques que des mobilisations.

Précisons, qu’il s’agit ici moins de s’intéresser aux campagnes ou actions portées par la société civile – en référence ici, essentiellement aux organisations non-gouvernementales (ONG), qu’aux dynamiques ancrées sur un territoire quotidiennement partagé, embrassant plus largement les populations et résultant d’initiatives moins structurées.




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